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Dans mon métro #2

Lorsqu’on utilise quotidiennement les transports en commun on croise ce que je qualifierai comme : les habituels.
Je ne les connais pas, ils ne me connaissent pas, ne m’ont probablement même pas remarqué, et pourtant ils font partis de mon paysage matinal ou de fin de journée.

Qu’est ce qu’ils font dans la vie ?
On leur invente une vie, on la présume, on la suppose par rapport à leur attitude, leurs habits, leurs mimiques. On les croise et on s’habitue tellement à eux que le jour où ils ne sont plus là, on se demande ce qui se passe. On est tu en retard ? En avance? Peut être qu’il/elle est malade, j’espère qu’il/elle va bien.

La shakira au son sac argenté

Quand j’arrive à Bonaventure, je marche toujours derrière elle. Sa tenue ne varie pas. Jeans, bottes à talons, et petit blouson de cuir ou style doudoune (dépendamment de la température).

Ce qui m’a fait la remarquer un jour parmi la foule c’est qu’elle un sac de la marque Brown argenté assez flashy merci. Les premiers jours je pensais que c’était son sac à lunch mais il semblerait que ce soit sont sac à main. Elle a les cheveux longs frisés, ce genre de frisure qu’en tant que fille on sait que c’est difficile à peigner. Ça lui va bien.
Un matin elle avait une sorte de barrette pour relever un peu ses cheveux et je me suis rendu compte qu’elle avait les cheveux blonds dessus et qu’elle était brune, pas à moitié, dessous.

Un matin où je voulais sortir de ma zone de confort j’avais décidé d’aller me chercher un café à la brioche dorée plutôt qu’à Starbucks. Quand j’ai vu le monde interminable qui attendait, j’ai fait demi tour. je l’ai vu. De face. C’était la première fois que je la croisais de face. J’ai instantanément sourit. J’ai limite faillit lui adresser la parole. Je pense que ça l’a mis mal à l’aise vu qu’elle a baissé les yeux, regardés ses pieds et continuer son chemin.

La dame aux bras nus

Cette madame là est une habituelle de fin de journée. Peut-être que je la croise le matin, mais qu’elle porte une veste et donc je ne peux pas la reconnaitre dans la foule, mais le soir, je ne vois qu’elle. Peu importe la température, elle a perpétuellement les bras découverts, avec un gilet posé sur son avant bras. Même la journée où il a fait -15 elle avait les bras nus. J’en déduis que son trajet quotidien lui permet de se promener dans Montréal sans avoir à confronter l’extérieur. Peut-être est elle en pré-ménopause ? Peut-être travaille t’elle dans un environnement tellement froid que quand elle a terminé sa journée elle trouve que la température du métro est agréable.

Le PDG/comptable triste

Lui on le croise le matin. Il est juste en face de nous en train d’attendre le métro. Ses habits lui vont comme trop grands, même son veston lui arrivent au milieu des cuisses presque. Il a un suitcase solide avec combinaison à 3 chiffres pour déverrouiller le mystère de ce qu’il transporte. Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir dans cette mallette ? Des armes ? De l’argent? Des documents confidentiels ? Rien ? Le mensonge d’une vie.

Il a l’air perpétuellement triste. Dès le matin. Il ne sourit jamais et à rien.

Cela fait une semaine qu’on ne l’a pas vu. Il ne prend plus le même métro ? Est-ce qu’il est malade ? Est-ce qu’il a été attrapé par la police ? Est-ce qu’il a déménagé ?

Le distributeur du journal 24h

Qui génère chez moi, dès que j’entends sa voix, un agacement fort, suivit d’un « RRRRrrrrr pu capab’ « . Sa voix m’agresse au plus au point et je sais qu’il n’y est pour rien mais à cela s’ajoute son enthousiasme morbide parce qu’il fait froid, qu’il est tôt qu’il est surement payé au salaire minimum, que les gens passent devant lui sans lui porter attention.
Il lance un « Bonne journée » comme la madame à la voix robotique dans la publicité pour la SSQauto.

Je sais que lui et moi on est pris dans un cercle vicieux. Que son engouement digne d’une eau stagnante est du au fait que je ne lui prends pas son journal, mais son découragement ne me donne pas envie de prendre son papier. Je ne fais rien pour l’aider et lui ne fait rien pour me donner envie de le soulager d’un exemplaire.
Tous les jours j’ai envie de m’arrêter et de lui donner des conseils que pour les gens prennent le 24h au même titre qu’ils prennent le journal Métro.
Au lieu de ça, on est tous les deux postaient dans nos positions, lui avec son irritant « Bonne journée » et moi dans mon exaspéré « pu capa’  »

Les témoins de Jéhovah

Je dois avouer que leur constance me charme. Ils sont tous les jours au même spot, toujours par gang de 3, derrière un petit présentoir de feuillets répondant aux grandes questions existentielles.

  • Les jeunes s’interrogent ?
  • Le grand secret d’un bonheur familial ?

Le soir ils sont encore debout, avec la même face accueillante. Est-ce qu’ils sont restés debout toute la journée ? Est-ce qu’ils ont fait un tour de garde pour aller se chercher à manger ? Qu’est ce qu’ils ont mangé ? Et si c’était des robots ?

Nous

Oui, nous. Je me dis que nous sommes peut-être les habituels de quelqu’un.

Nous qui débattons sur l’actualité sans gêne, les grandes lignes de la vie. Nous, qui nous embrassons comme un jeune couple d’adolescents.  Nous qui jouons à « Imagine si » quitte à faire rire les quelques rares personnes sans écouteurs. Nous, qui avons la tradition de nous souhaiter une Bonne Aventure quand je dois débarquer à la station du même nom – mais qui s’écrit Bonaventure.

Et toi ?

Qui sont ces habituels de ton quotidien ?