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Dans mon métro #1

Prendre le métro est source d’inspiration. À un point tel que chaque fois, j’ai une terrible envie d’écrire un article de blog. Avant c’était source d’angoisse mais depuis que je me mets en position d’observateur/enquêteur/sociologue, je le vis mieux (en fait c’est parce que je le prends avec Nick maintenant).
Je ne savais pas quelle allure donner à ces chroniques parce que je me suis dit que ce qui m’intéressait moi, ne t’intéresses pas forcément. J’ai donc noté méticuleusement sur mon iPhone ce qui m’a interloqué toute la semaine durant, et j’ai retenu les faits marquants.

Mardi

On a croisé un gars louche, vêtu de noir, avec une tuque noire et une démarche assurée. Lorsqu’il est arrivé en bas de l’escalator il a comme lâché de sa manche un pôt masson qui s’est brisé instantanément en touchant la dernière marche. Le gars a continué sa route comme si tout était normal. Un monsieur s’est arrêté pour tasser les morceaux sur le coté afin d’éviter que quiconque se blesse.

Je me tourne vers Nick, choquée, en lui demandant qui fait ça ? Qui peut laisser échapper un pot masson visiblement vide, sans s’en rendre compte et continuer sa route. Nick me répond que ça lui fait penser à l’armée des 12 singes avec Bruce Willis et Brad Pitt.
Commence une conversation sans queue ni tête car pour moi, Nick me parle de la planète des singes. Je l’obstine en lui disant que je n’ai pas le souvenir que les deux avaient joué dans la planète des singes. Après quelques échanges on se rend compte qu’on ne parle pas du même film pantoute. Nick me prévient qu’il ne veut pas me spoiler – je suis obligée de prendre le spoil si je veux comprendre en cas la scène de l’escalator lui rappelle le film dont il fait mention. J’insiste. Il semblerait qu’à la fin du film il y a une scène similaire à celle qu’on vient de vivre mais avec des gaz neurotoxiques en plus.

Le métro arrive, tandis qu’on se regarde en se disant qu’aussi bien on a été contaminé et que dans une semaine on sera des zombie ou des singes – je rappelle que je n’ai pas vu le film donc je ne sais pas comment ça finit.

Lorsque j’ai débarqué à ma station, il y avait des témoins de Jéhovah avec une grosse affiche affirmant :
Les Jeunes s’interrogent
Paradoxe de la vie oblige, derrière le petit présentoir il y avait deux femmes d’une cinquantaine d’années et un jeune qui leur montrait comment se servir d’un iPad.
J’ai souri.

Mercredi

J’ai demandé le prénom du monsieur qui distribue le journal Métro. On le croise tous les jours et il est d’une gentillesse incroyable. De quoi donner le sourire même si tu n’as pas envie d’aller travailler. Il souhaite perpétuellement une bonne journée, et sa voix sourit.

Je me fixe toujours deux défis pour la semaine afin de sortir de mon cadre confortable et vivre des expériences. Demander le prénom au Monsieur Métro faisant parti de ma liste cette semaine là. Parce qu’on le croise tous les jours, qu’il nous souhaite une bonne journée plus sincèrement que des gens qu’on connait. Il fait parti de notre quotidien matinal et on ne connaissait rien de lui.

Mercredi on a fait la connaissance intime et privilégiée de Martin. Il a sourit :
– Bonne journée mes amis !
– À toi aussi Martin

Vendredi

En arrivant à la station Bonaventure, vers les portiques pour sortir, je fais face à un ralentissement considérable. Sorte de blocus. Je ne vois pas ce qu’il se passe parce que je suis trop petite. Ça se fluidifie un peu et je vois des policiers de la STM accoutrés de leur gilet par balles et des sortes de patente pour prendre les commandes à McDo quand il y a trop de monde. Je me dis que je vais commander un café tsé ça m’évitera un détour.
Laisse faire le café, c’est un contrôle pour vérifier que les gens voyagent avec des titres en bon et due forme.
Bien que 99% des gens n’ont rien à se reprocher, on sent une angoisse palpable. C’est 8:10 du matin et ils ont des gilets par balle.
La femme qui me contrôle me fait une énorme sourire, me demande si ça va bien, bipe ma carte, l’écran devient vert et elle me souhaite une bonne journée.

Pendant que je marche jusqu’au Starbucks je me dis qu’aussi bien ils ont mis des informations dans ma carte Opus, OU PIRE, ils ont pris des informations, pour connaitre tous mes déplacements.
Qu’est ce qu’ils font faire de ces informations ?
Est-ce que l’écran vert signifiait que mon titre de transport était conforme ou que je résidais pas loin de la ligne verte ?
Vont ils faire une application pour améliorer leur service ?
Pourquoi ils avaient un gilet par balle ?
Est-ce qu’il y a eu beaucoup de gens armés dans le métro pour qu’ils en viennent à prendre cette mesure ?
Pourquoi moi je n’ai pas de gilet par balle?
Je devrais tu en acheter un ?